La Marquise de Carabas

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jeudi 14 août 2014

Complainte Douce

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Ah ! mon amour, mon amour.

J'ai tant aimé, j'ai tant frissonné,

La nuit aux lunes dévoilées

Si belles, au ventre lourd.



Non, jamais ne pleure,

Le temps qui passe,

Il s'en va sans heurt,

Et jamais ne lasse.


Oui je t'ai aimé,

Oui, sans t'y abîmer.

Ah ! Mon amour, mon amour.


L'ère, de nous, en a fini,

Et doucement, nous sourit.

Ah ! Mon amour, mon amour.


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dimanche 13 avril 2014

Medium

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Allongé dans un lit à peine défait, le visage baigné dans une aube éthérée, Adrien dormait. Comme au début de toutes choses.

A travers les songes, dans les voiles glissants du temps, elle s'approchait de lui, frôlant ses cheveux, déplaçant le cours de ses rides, soufflant sur la poussière de ses cils blancs.

Respirant dans son oreille les secrets intimes de leur amour, quelques baisers et la chaleur du contact de leur peau. Le silence après l'amour, et les étoiles d'un ciel d'été. Les vagues du désirs flottant dans l'écume de leur tendresse.

Et des je t'aime comme des perles qui éclatent d'un collier trop serré.

Sa voix était douce et caressante, mais au milieu de ses rêves d'hier se glissait une mélodie étrangère et familière.

Dans la sphère de l'imperceptible, elle lui parlait de l'avenir. Un son métallique et léger, le goût du fer dans la bouche, et le gris d'un ciel sans soleil. Des chaires déchirées, et des bâtiments qui s'effondre , à genoux, dans une explosion de lumière.

Et dans une pièce plongée dans les ténèbres, blafard et hypnotisant.

Un miroir.

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Danse

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Lentement, se glissant après elle dans l'humidité des feuillages, il soupire du corps, long frisson de désir. Elle, blanche et gracile. Lui, sombre et fauve.

Le temps s'attarde à les regarder d'un œil opaque. Le bois se resserre autours d'eux, ne laissant point d'issue, fermant autours d'eux le cercle de ses branches.

Irrémédiablement, elle s'enfuit, sans partir réellement, à la fois consciente de l'urgence et fascinée par l'inévitable.

Il est presque sur elle, mais son cœur n'en veut déjà plus. Il s'arrête, immobile dans son instinct. Elle le toise, enroulée dans sa robe blanche, multitudes de plumes accrochées à la soie du tissus semblant retenir leur souffle.

Il lui sourit.

Elle lève la tête, semble prier les étoiles de bien vouloir lui redonner ses ailes.

Quand elle baisse les yeux, il a disparu.

Un légèr bruissement dans les arbres, un petit craquement à l'intérieur des troncs, un silence absolu, pesant, insupportable.

Elle s'effondre sur ses jambes, sa robe en corolle éclatée autours de son cœur exsangue.

Lui, déjà loin, s'allonge dans le cœur vert d'un champs de jeunes blés.

La voûte entière pour veilleuse, il ferme à demi ses yeux d'or, et s'endort.

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Envol

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Il fait nuit noire, chacun dort profondément sauf lui. Évidemment, en éveil, glissant comme une ombre grise de pièce en pièce, il revient inévitablement devant la glace suspendue. Un rapide saut discret sur la commode, il fixe la texture lisse, s'approche lentement, puis disparait profondément dans les entrailles du miroir.

Un instant plus tard, un bras sort à la surface, suivit du reste du corps, nu, puissant. Son incroyable chevelure glissant sur sa peau pâle. Il s'extirpe habilement, et pose ses pieds sur la moquette rouge.

Glissant sa paume contre le miroir, il sort une longue tunique sombre et un pantalon de coton.

Lorsque la lourde porte d'entrée s'ouvre silencieusement à son contact, il prends une longue et puissante inspiration. L'air est délicieux.

En quelques pas il est déjà dans l'herbe. Quelque pas de plus et il escalade le portail avec une agilité déconcertante pour la lune discrète qui brûle la nuit de ses regards.

Il a envie de courir. Il sent le bitume glisser sous ses pieds nus comme un ruban rugueux à la brulure intime.

Soudain un frisson se déclenche dans les buissons. D'un bond, il se tapit derrière un arbre.

Et là, il la voit. Sublime grâce parmi les feuillages, magnifique incarnation de l'élégance, de la pureté, de la céleste bénédiction. De tout son corps, il tremble. Moite de puissance contenue, fasciné, et incroyablement immobile de tension.

Son cou infiniment délicat se détache blanc sur le gris noir de l'heure ensommeillée, elle observe, attentive, prudente.

Un léger sourire vient lui lécher ses lèvres à lui. Fugace comme une ombre, il se sent déjà bondir.

Dans un mouvement ample et délicieux, elle disparait comme avertie par le silence bavard des rumeurs qui ne connaissent pas de sons.

Et comme un pantin dépourvu de toute volonté, lui, de ses yeux écarquillés d'or, il la suit.

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Elan

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Agitation inhabituelle. Étalé sur un fauteuil, il l'observe faire ses allées venues, remplir des sacs, en vider d'autres, jeter des choses, faire la vaisselle.

Elle babille des choses à son attention avec son sourire habituel. Elle ne dégage pas la même odeur que lorsqu'elle va le voir lui. Elle fait des gestes amples, et regarde plusieurs fois le ciel.

Au dernier moment, elle descends la boite de transport. Il se crispe un peu mais se laisse enfourner dedans comme un élément supplémentaire du petit voyage improvisé.

Quelques minutes plus tard ils sont embarqués dans une voiture qu'il ne connait pas mais avec des gens dont l'odeur lui est familière. Ses grands parents à elle.

Il reste détendu, malgré la chaleur, le trajet étrangement long, les arrêts dans des endroits blancs et stressants.

Finalement, il voit apparaitre la maison à travers le quadrillage de sa boite. Un ronronnement s'échappe de sa gorge. Elle s'en amuse, il l'entends utiliser ce ton bien à elle, situé entre l'incrédulité et la fierté.

A peine déposé, ils repartent tous. Surement pas pour longtemps. Il traine dans les pièces fraiches et plongées dans l'obscurité. Il se sent bien. Il furète à l'étage, jette un œil au miroir au dessus de la commode blanche. Et passe devant comme pour l'ignorer.

Au loin dans un couloir difforme, une silhouette semble perdre patience.

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samedi 5 avril 2014

Sourire

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Cette première journée avait eu des goûts de renaissance. Ils étaient restés seuls toute l'après midi. Le voyage les avait laissé un peu indolents et avec cette impression d'avoir la peau moite et salie par le trajet.

Ils avaient découvert la grande salle de bain en ardoise, une immense douche semblait flotter au milieu de l'espace. Une improvisation des anciens bains antiques. Il fit couler l'eau simplement pour s'assurer que l'endroit pouvait aussi servir à la toilette. Puis évidemment, cela finit en jeu, et leur vêtement furent bientôt trempés. Leurs rires jaillissant au milieu de l'eau et de l'écho.

Il la prit par la taille, sentant sa poitrine glacée et tendue contre son torse. Elle était si belle. Si vivante.

Il avait simplement enfoui sa tête contre elle, comme si il cherchait à reprendre son souffle. Alors, dans une infinie douceur, elle l'avait assise sur le sol, et fait couler sur lui, en cascade brûlante, l' eau pure. Pour laisser s'écouler tout ce qui pourrait encore salir son âme de tristesse et d'angoisse.

Elle avait trouvé une éponge naturelle, et un peu de savon, rangés dans une niche ingénieuse. Accroupie contre lui, elle avait retiré leur vêtement, dans un silence précieux et doux. Sans aucun geste brusque, pour soigner cet oiseau fragile tombé du nid de la mort, par hasard.

Il avait surement un peu pleuré, murmuré des choses qui avaient perdu leur sens aussitôt disparu dans le nuage de vapeur qui flottait autour d'eux.

Elle lui frottait le dos avec une tendresse infinie, une mousse blanche à l'odeur de coton l'enveloppait mollement. Chacun de ses membres semblaient s'agiter d'un flot neuf. Chacune de ses caresses en chassaient les fantômes effrayants.

De temps à autres, il sentait ses lèvres frôler sa peau. Il tremblait. Son cœur s'arrêtait quelques secondes pour respecter ces mots que rien ne pouvait remplir. Cette sémantique de vie et d'impression qui laissait sur son corps nu la peinture en aquarelle d'un amour sans estompe.

Quand elle lui fit face, elle était si belle, ses yeux si parfaitement plein de leur profonde affection, son visage inscrit dans une éternité si mobile, si présente. Des larmes montèrent depuis la source la plus profonde de son être et s'amoncelèrent dans ses yeux, sur son corps, jusque dans son désirs.

Alors, elle lui sourit.

De ces sourires que l'on n'oublie jamais vraiment.

Un sourire plein de gourmandise, et de joie, de plénitude et de satisfaction. De ces sourires qui disent tellement d'amour, et de promesse, et de toujours. Ces sourires là qui font retrouver le chemin, et la lumière. De ces évidences qui nous font soudain comprendre les plus profonds mystères de l'existence comme de minces affaires que l'on pourra sans aucun doute résoudre un jour prochain. Puisque tout ce qui compte vraiment, se trouve dans ces sourires là.

Il était tendu vers elle, parce que tout ce qui est vivant ne pouvait être que tendu vers elle. Elle l'avait embrassé doucement, et plus doucement encore elle s'était allongée tout contre lui. Pour cueillir ce geste tendu, pour le sentir palpiter contre sa langue, son souffle. Pour se laisser envahir par cette vie dressée. Un instant, il avait clos ses paupières, car l'univers avait basculé dans un frôlement. Quelque chose de profond et de lointain avait chuté dans le vide infini et ne semblait plus jamais vouloir cesser de parcourir cette distance.

Puis, elle dansa tout contre lui, juste à cet endroit, dans ce lieu sensible et vibrant. Sans saccade ni force, posée telle une plume sur l'eau agitée d'une rivière.

Et parce qu'il y a des élans qui peuvent mettre plusieurs infinités avant de trouver leur chute, elle l'emmena si loin de lui même, qu'il aima s'y perdre.

Puis parce que finalement ses mains étaient si douces, puisque sa bouche était si chaude, comme l'eau était si présente, et l'après midi si ensoleillée. Tellement il l'aimait.

Elle le goûta simplement, et son sucre blanc était friandise si précieuse, qu'elle releva sur lui un visage rempli de plaisir et de rire.

Il se souvient encore de l'avoir poursuivi, tous deux nus, dans le jardin étonné de ces visiteurs sans pudeur.

Comment l'oublier.

Adrien alla s’asseoir sur le bord de la terrasse, il caressait la pierre brûlante et rugueuse. Le soleil allait se coucher.

Il y avait déjà touché des doigts le paradis. Il pouvait bien y attendre aussi la nuit.

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Souvenirs

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Adrien avait hésité un long moment avant de pousser le portail rongé par les intempéries et l'ennui. Tellement de sentiments complexes et entremêlés se trouvaient tapis après cette allée de cailloux blancs, à l'ombre des ormes aux têtes indolentes.

Il osait à peine lever les yeux devant la bâtisse ancienne, écolier intimidé par quelques maîtresses à la stature imposante. Il savait, intimement, que lorsqu'il aurait redressé la tête, plus rien ne pourrait empêcher la puissante vague de souvenirs déferler sur lui, en lui, et venir s'inscrire jusque dans la moindre parcelle de sa chaire et de son cœur.

La grille ne grinça que très doucement sous sa paume, il entendit le crissement léger de ses pieds sur la texture blanche, quelques grillons marquèrent une pause.

Déjà il entendait le rire d'Alice, et il sentait le parfum d'iris de sa chère amie qui posait quelques bagages en plaisantant.

C'était un jour un peu comme celui ci, la première fois. Quand sa mère avait accepté ces vacances en Italie. Quand les médecins s'étaient enfin complètement désintéressés de lui. Quand Alice et lui étaient jeunes. Quand la vieillesse et le deuil n'étaient même pas visible à l'horizon. Quand tout était simple.

Il entendait Alice crier de joie quand la grosse porte en bois avait été enfin poussée. Et un peu de ce soleil d'autrefois lui tapait dans l'oeil et laissait glisser une larme douce et chaude contre sa joue fatiguée par le temps.

ll coulissait déjà la clef dans la serrure, sans avoir réellement réalisé qu'il avait déjà traversé le jardin laissé à l'abandon, et qui sentait le jasmin en fleurs et la glycine parme.

Dedans la poussière se mêlaient aux raies de lumières qui s'immisçait par les lourds volets anciens ajourés. Rien n'avait bougé. Sauf le plein qui était devenu vide.

Il posa ses yeux sur le lustre en cristal qui se balançait immobile depuis le plafond immense de l'entrée. Quelques tableaux semblaient regarder l'intrus avec indifférence. Un vieux capitaine de bateaux époussetait ses galons, en l'observant par en dessous.

Il soupira. Puis sourit.

C'est la force des vieux, la nostalgie. Surtout quand la vie a été un tel cadeau, un don, un miracle.

Il avisa un petit tas de courrier qui n'avait pas été ouvert jusqu'au jaunissement, et reconnu une lettre dont l'enveloppe venait du nécessaire à papeterie de sa vieille amie. Son prénom était calligraphié dans le style qu'elle aimait tant. Alors il l'ouvrit.

" Adrien,

Je savais que tu reviendrais ici.

Embrasse pour moi tes souvenirs.

Avec toute ma tendresse,

Aude ".

Il glissa le petit mot sur la console ouvragée au plateau de jade. Il y avait réellement ici bien des choses à embrasser.

D'un pas mesuré, il se rendit dans le grand salon, puis ouvrant la large de porte fenêtre et poussant le bois de ses volets, il aspira une grande bouffée d'amour, avant de regarder, par delà le jardin, la splendeur de la mer, toujours la même.

Longuement, il se laissa porter par l'ivre tendresse qui lui remplissait le cœur.

L'espace d'un instant, il sentit Alice l'enlacer et lui murmurer quelques mots de douceur aux creux de son oreille.

Ainsi va la magie du temps. Et le vieillard était redevenu à peine plus qu'un enfant.

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vendredi 4 avril 2014

Frissons

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Observant les nuages s'effilocher sur les angles des immeubles, il ne prête pas attention au flux complexe des êtres qui s'agitent avec le réveil de la capitale.

Appréciant l'air frais qui se glisse sous sa chemise froissée, il sourit discrètement au jour qui se lève.

Une petite mélodie vient s'amuser avec ses souvenirs épars. Il va pour sortir ses lunettes afin de les poser sur son regard mordorés, quand quelque chose sursaute au fond de lui, un instinct archaïque, important, urgent.

" Hey vous là ! Arrêtez vous ! "

Danger. Il faut courir, vite, il n'est plus temps de flâner, il n'est plus temps de savourer. Le mensonge de liberté vient de dévoiler son visage grimaçant. Il s'engouffre dans une ruelle plus petite, puis, sans aucun élan particulier bondit du sol jusqu'au rebord d'une fenêtre, deux étages plus haut. Agrippé et agile, il passe ainsi aspérité, balcon et gouttière.

Rapidement atteint le toit lui donne un semblant de distance avec son poursuivant, il jette un œil plus bas. Une silhouette vêtue de cuir noir jette un regard agressif vers lui.

" Sale Clébard " siffle t'il, avant de s'enfuir de tuiles en verrière, et de lucarne en terrasse. Une fois une bonne distance d'un ou deux quartiers dans les jambes, il s'assoit sur le rebord d'un immeuble. Jambes pendantes, tête renversée en arrière, il entends son coeur battre une sorte de ramdam improbable.

Peu de chance que cet espèce de maton des rues le retrouve, mais il faut qu'il reste prudent, rien qu'à l'odeur il pourrait le pister très longtemps.

Il étire un leger rictus amusé.

" C'est l'heure pour un peu de shopping ! " Il sort son portable et compose le numéro de salem. Celui ci lui réponds du ton caractéristique que donne une nuit blanche bien tassée.

Néansmoins, un petit quart d'heure plus tard, il écoute les blagues de son ami tout en poussant la porte d'une boutique chic des champs élysées.

Une fois ses vêtements changés, les anciens finiront dans une benne.

Son pisteur risque de ne pas apprécier grandement la plaisanterie. Il hausse les épaules, visiblement amusé par cette pensée. Salem l'observe de biais.

"Avoue que tu aimes ça" rigole t'il.

" Assez oui ".

Au milieu de l'essayage d'une chemise soyeuse particulièrement couteuse, il sent une intense douleur au creux de sa tête, il a l'impression de vasciller dans la cabine, se rattrape de justesse sans toucher le miroir, témoin attentif de la scène.

" Je dois me presser Salem, elle rentre".

Salem comprends l'avertissement et sans broncher lui attrape de quoi le vetir le plus rapidement possible.

Une bonne liasse de billet dans la main du vendeur plus tard, les deux compères se séparent. Salem portant le sac de vêtement usagés. Grian montant prestement dans un taxi.

Pile à la tombée de la nuit, elle pousse la porte de l'appartement, il ronronne. Et devant une benne dans l'arrière court d'un petit hotel sans prétention, une silhouette canine hurle à la mort.

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Fertilité

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Ambre était penchée en avant. Elle fixait le courant ténu de la source qui dévalait la grande pièce sombre, en cascadant les escaliers en marbre.

Vassily se tenait debout près d'elle. Dans son immobilité froide, il y avait plus de volcans, d'apocalypse et de feu divin que dans toutes les bibles des siècles passés et à venir.

Le front pâle, elle murmurait les incantations de l'Aube, le calice se découpait dans l'ivoire de ses doigts.

Elle puisait les âmes avec conscience, mais son corps était jeté loin en arrière, dans la soie de leur nuit. Elle sentait toujours la puissance de ses élans profonds qui la déchirait de jouissance, et elle chantait en silence les cris d'orgasme qui raisonnaient encore dans sa gorge.

Il glissa ses doigts dans ses cheveux, puis lentement jusqu'à sa nuque.

Elle continuait à psalmodier de façon atone.

" Qu'as tu fais du ruban auquel tu tenais tellement ? "

Elle ne répondait pas. Versant une dernière fois les âmes dans le flot glacé de la mort.

" Qu'as tu fais de cette âme qui n'était pas encore pour nous ? "

Finissant ses hommages et ses supplications. Elle resta recroquevillée, scrutant les derniers vestiges de ceux qu'elle avait dévorée.

" Qu'as tu fais de l'amour, Ambre ? "

Elle frémissait doucement.

" J'en ai fais un enfant, Vassily mon Maitre ".

Il arrêta son geste dans un mouvement suspendu qui avait le tranchant d'une lame.

Un silence opaque et glacé s'engouffra tout autour d'eux.

Et la nuit même ne connut ténèbres plus profondes.

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jeudi 27 mars 2014

Méditations

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Allongé sur le dos, la nuque épousant pleinement l'oreiller douillet, il respire cette odeur de femme qui ne lui est pas familière.

Elle s'est endormie blonde et nue contre son flanc musclé. Chaton lové, confiante, épuisée, les joues encore roses.

Il l'observe avec une certaine distance, comme si cela n'était que du domaine du rêve.

Dehors l'aube commence à lécher les carreaux, sorte de créature blafarde. Il a envie d'une cigarette mais l'instant le retient, retenu par une sorte de fil transparent qui lui impose l'immobilité.

Fixant le plafond, il s'interroge sur l'intérêt d'une telle liberté factice, sur le temps qui passe, sur les ténèbres qui s'estompent.

Il caresse les petits cheveux courts qui se sont glissés sous son bras nu. Elle sourit dans son sommeil.

Salem a du lui raconter le baratin habituel sur leur incroyable compétence à ne pas s'épuiser de la nuit tout en restant absolument stériles, tout les avantages sensuels d'une telle rencontre.

Stérile. C'est bien la sensation qui ressort de tout cela. Pourtant, elle, dans son sommeil, elle sourit. Il ferme les yeux et sent monter ce flux de pensées qui s'enchevêtrent les unes contre les autres.

Il pense à elle, qui va rentrer dans un jour, ou deux, et qui le trouvera ronronnant à l'accueillir. La déteste t'il ? L'aime t'il ? Il n'y peux rien c'est ainsi qu'est construite leur relation, dans cette espèce d'ignorance de la véritable identité de l'autre. Il l’apprécie peut être de ne rien savoir. De faire comme si cela suffisait.

Et dans le confort du canapé, sous ses caresses innocentes, il attendra son prochain départ. Pour se retrouver dans un autre lit, à se demander ce qu'il pense d'elle, ce qu'il ressent.

Il se détache de la jeune femme endormie avec délicatesse, elle ne se réveille pas.

Il s'habille, et sort discrètement. Dehors il fait un peu gris, la chaleur de la veille galope encore le long des caniveaux. Un boulanger vient d'ouvrir. Une bonne odeur parvient jusqu'à lui, les pensées s'effacent. Son corps lui raconte toujours cette même histoire de liberté, et lui simplement, il souhaite y croire.

Encore une fois.

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mercredi 26 mars 2014

Ode

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Je t'ai attendu à travers les plaines. Et dans les brumes des jours éteints.

Tu flottais en moi, fantôme fantasme.

J'ai rêvé tes mains sur ma peau, tes doigts ouvrant mes cuisses.

J'ai attendu ta bouche, ton souffle. La caresse brûlante de ta langue.

J'ai dévoré des âmes, et laissé des corps derrière moi.

J'ai dénoué des liens, et embrassé des animaux.

Rien n'avait de goût, rien si ce n'est toi.

Quand mon esprit se délite, et s'embrouille, mirage de chaleur.

Mes sens se tendent et te cherchent dans la nuit de mon espoir.

Au sein de ce qui reste pour l'éternité la mort, entends ma prière.

Prends moi encore dans tes bras.

Offre moi encore la jouissance de ton corps.

Laisse nous essoufflés sur la grève.

Sois ma mer et mon orage,

Ma tempête, mon naufrage.

Mon mat et mon courage.

Ta chaire puissante contre mon visage, et le sang dans mes tempes.

Que je ne sois qu'un torrent pour ta seule ressource.

Emportés au firmament.

Des lunes décrochées qui errent en silence.

Des étoilés éméchées pendent à ton front brillant.

A nos accords pénétrants, trois mesures en soupir.

Et de plus en plus fort,

Jusqu'à ce que ça empire.

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mardi 25 mars 2014

Elle marche

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Le bitume est solide sous ses pieds, douloureusement épais.

Fascinée, elle observe le pétrole briller de ses petits éclats de bulles chauffées par un après midi étouffant.

Elle s'est lentement figée. A l'intérieur, elle sent bouillir, tourner, vomir. Elle le digère encore et il se débat toujours. Sans conviction. Il a déjà perdu. Elle est bien trop vaste.

Sa robe est foutue. Elle la défait de son corps et continue nue.

La campagne est calme. Posé comme un souffle retenu. Rien ne s'espace réellement.

Une voiture remonte la route. Trop vite, puis trop lentement. Elle s'arrête finalement non loin.

Ambre étire un mince filet d'ironie sur son visage taché de sang.

Les rendez vous sont toujours à l'heure. Horloge parfaite, aiguille figée sur le cran d'arrêt.





***

Lorsqu'elle claque la portière derrière elle, la voiture est basculée dans le fossé. Rayée, éventrée.

Un peu comme son conducteur.

Ah qu'elle l'a bien baisé.

Elle se lèche la lèvre lentement, satisfaite et repue. Il s'agite plus fort ce dernier. Il n'a pas la sagesse des enfants. Qui le savent intuitivement, la fin n'a pas d'issue en soi.

Il se heurte à ses parois, il hurle et vocifère. Ne va t'il donc pas finir par se taire.

Elle gronde, et tout en elle s'éternise. Il y a des néants moins effrayants qu'une mort contrariée, même légèrement.

Puis au final, le silence. Il a fini par trépasser. Fin du tournant, taule broyée.

Qu'ils sont tourmentés, les accidentés.





***

Vaguement vêtues d'une chemise d'homme en partie déchirée, elle se présente au bus qui à l'arrêt marque l'immobilité.

Elle monte ignorante des regards indifférents, s'installe au fond. S'endort et rêve.

Le corps immaculé, la toison épaisse et profonde de sa chevelure, l'odeur de musc qui dévale ses reins. Elle sait que ses cuisses laissent glisser quelques soupirs.

Il l'appelle et brutalement la motorisation de ses fantasmes se bloquent. Les portes mécaniques sont grandes ouvertes.

Mi clos, ses yeux la glisse dehors et il l'attend sous la pluie d'une ville éteinte de ses lumières.

Terminus, Mélancolie.

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Echange

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La lourde porte se ferme dans un bruit sourd. Paris, lui, et la moiteur de l'air. Il secoue ses cheveux avec un sourire désinvolte. Dans quelques pas il aura tout oublié.

Enfin, cela serait idéal. Il approche d'un porche quand il entends une voix l'attraper par le col, une voix familière, une voix qui sent la bière et les filles humaines.

Il soulève un sourcil.

" Alors vieux on dit plus bonjour" enjoint cette voix.

" Salut Salem..."

"Toujours aussi loquace n'est ce pas ? Alors comme ça elle a réussi à te faire venir jusqu'ici. Elle n'a pas changé n'est ce pas toujours aussi délicieuse... ".

Il se retourne pour croiser le rictus ironique de Salem. Grand, sculpté en athlète, la veste en cuir taillé sur mesure sur son débardeur immaculé, moulant mais pas ridicule. Ses longs doigts ébènes soigneusement accrochés à la boucle de sa ceinture Cerruti, le petit sourire expressif toujours soigneusement choisi.

Grian hausse les épaules et émet un léger grognement d'acquiescement. Salem s'approche de lui, lui passe son long bras au dessus de l'épaule et commence à dévider son incroyable flot de parole, sur les ragots du quartier, les meilleurs bar, les lounges les plus tendances, les filles les plus chaudes.

Pour être tout à fait honnête avec lui même, Grian sait parfaitement qu'il s'en contrefout mais traîner avec Salem lui a toujours donné une sensation de bien être. L'impression de ne pas être seul.

Il esquisse un léger et presque indiscernable sourire.

La nuit sera longue, l'aube sûrement douloureuse.

Mais la nuit est si douce sous le ciel.

D'un pas rythmé, les deux compères s'engouffrent rapidement dans le dernier lounge à la mode, et commandent une bouteille de tequila. Ils s'installent dans la salle du fond. Grian apprécie l'ambiance, la musique, le cuir sous lui. Un de ses ongles pénètre délicatement la texture, il passe une langue de plaisir sur ses lèvres d'argent gris.

" Tu ne peux pas t'en empêcher n'est ce pas ? "

" Que veux tu tout ce luxe c'est beaucoup trop beau pour rester parfait, sinon cela n'a plus de sens".

" Oh ! Sage Grian a aligné plus de deux mots dans la même phrase ! "

Grian avale son verre et grimace à l'intention de son ami.

" Que vas tu faire si elle te rappelle encore ? "

Salem a fait disparaître son sourire, la question est sérieuse. Grian le sait. Il réponds en détournant les yeux.

La table d'à côté vient de recevoir ses clientes. Salem oublie vite le sujet en cours.

Observant la technique d'approche extrêmement rodée de son compagnon de nuit, Grian continue à savourer sa tequila.

La musique est vraiment excellente. Peu à peu, la tête renversée sur la banquette, il perds le fil de la réalité. Durant un long moment rien ne vient perturber son escapade auditive, puis finalement Salem lui secoue l'épaule, en lui montrant d'un geste que les demoiselles sont partantes pour l'after qu'il a réussi à négocier.

Grian finit son verre et les suis, sans précipitation, aucune.

Il goûte sa liberté conditionnelle à chaque respiration, comme un instant virtuellement étirable à l'infini.

A son bras, une charmante demoiselle blonde l'observe avec attention, elle attends sûrement qu'il lui fasse la conversation. Elle devra faire sans.

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Etamine

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Soupirer entre ses lèvres adolescentes les débiles désuétudes des jours éteints, c'était jouer avec les os et les nerfs, un labyrinthe de cristal embué de veines enflées.

Il était tellement niais qu'elle n'arrivait même plus à s'en amuser. Froissant sa jupe. Absorbé par la résille minuscule de son collant noir. Elle le laisse boutonner sa nudité en cascade de maladresse.

Elle écoute son silence à elle. Elle est lasse du brouhaha de son cœur à lui. Sa vie bruyante dérange la plénitude de sa condition. Fugace, elle se console de surement aimer cela.

Entre ses cils dentelés d'obscurité, en fantasme, ses hanches glissent entre les paumes de Vassily, encore, et profondément, toute la nuit, au delà de l'aube, dans les brumes du hors temps.

La peau pâle et enfantine de ce garçon insipide lui inspire le désir de lui déchirer l'âme depuis la chaire. Pendant qu'il malaxe idiotement sa petite poitrine faussement juvénile, elle aiguise son élan.

Il se perds entre ses cuisses, en caresses ridicules et abruptes. Elle grimace un plaisir télévisuel. Il en tire une vacillante audace. Il l'allonge. Le martèlement de sa cardiaque excitation lui donne la migraine. Que cela s'éteigne.


***

Collante de son sperme, elle s'agite sur lui, cambrée et sublime. La gorge pleine de son sang brulant - jeune - la remplit d'une définitive ivresse. Quelle est délicieuse cette chaire blanche et tendre, chaude et encore tendue de désir. Son sexe de jeune homme est étalé sur le flanc, a demi dévoré. Ses yeux sont figés dans une expression de passion, d'horreur, de mort.

Le repas est long et jouissif. Elle pulse de tout son corps, collant son sexe à nu contre la peau déchiquetée. Sentant en fantôme présence la paume brulante de Vassily appuyant sur sa nuque, en maitre de vigilance, en amant de fascination, enfin elle jouit.

La lumière est partout et puissante, insidieuse et brulante. Aveuglante.

Elle se crispe autours de son être en incandescence pendant que la réalité vit sa dernière distorsion.


***

Elle marche à contre courant. Les secours grouillent un peu partout alentour la bousculant sans la voir. En arrière plan, des parents pleurent leur unique enfant. Sa robe encore écarlate et épaissie d'hémoglobine goutte sur le gravier blanc de la petite cour avant. Elle est interdite au milieu de cette foule qui l'ignore et s'agite.

Elle n'existe pas. Elle n'existe plus. A t'elle jamais existé.

Devant sa tête penchée passe un brancard chargé d'un corps sans vie. Une voix docte explique aux parents les effets néfastes de la cocaïne sur une jeunesse qui en n'imagine pas les conséquences.

"Il n'y a pas de coupable vous savez. Je suis vraiment désolé".

Elle rictus un haussement de ne plus rien en avoir à faire. C'est l'heure, le travail est terminé.

Ambre peut s'en retourner en Vassily

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Conséquences

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L'ensemble du bâtiment n'était plus que ruines. La température avait considérablement montée.

Soufflé par l'explosion, chaque chose avait simplement implosé, dans un concert de métaux, de bétons et de chaire.

Les vitres brisées et brûlantes avaient ouverts leur écrin sur leurs corps enlacés et toujours en mouvement, presque imperceptible de lenteur.

Leur peau nue s'était couverte d'écailles minuscules et brillantes, et dans leur yeux chatoyait un éclat de pierre précieuse.

Souffles mêlés, ils s'enfonçaient lentement dans une jouissance infinie, indifférents aux conséquences, divinités éveillées dans leur responsabilité de chaos et de renaissance.

La puissance de leur étreinte grouillait sur le sol et s'étalait dans l'air, dévorant tout pour laisser derrière elle des braises rougeoyantes et des amas de débris. Ce qui restait d'une planète grise et souffrante fut dissout en quelques heures.

Et au creux de leurs reins le mouvement délicat et subtil de la vie dévalait leurs orgasmes et galopait dans leurs râles de bonheur.

Dans mille ans peut être, leur chant d'amour cesserait à regret, pour contempler, amusé, un monde vierge et neuf, débarrassé de son passé, arborant sa toison végétale et humide.

Dans mille ans, peut être.

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samedi 22 mars 2014

Element

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En poussant la lourde porte menant sur la petite cour pavée, il sait déjà que c'est une erreur. Il lui reste suffisamment d'instinct malgré la vie d'appartement et les longues journées entre caresse, sieste et en-cas.

Pourtant il monte l'escalier. Arrivé au second étage, il pousse la porte entre ouverte, et avance lentement sur la moquette épaisse. Deux ou trois chatons viennent se frotter contre le bas de son pantalon, il émet un léger râle d'avertissement. Les boules de poil disparaissent sous les meubles.

Il secoue la tête, et respire profondément.

Une lourde odeur de parfum de tubéreuse se déplace dans tout l'espace. Il fronce les sourcils, reste immobile les yeux mi-clos. Il est sur le point de faire demi tour quand il entends sa voix à elle parvenir depuis le fond du couloir, là où la moquette s'arrête pour laisser place à la chaleur d'un parquet lustré.

Il suit les fils envoûtants de la voix, ferme la porte derrière lui, au nez des chatons qui ont réapparus, poussés par leur curiosité.

Elle le toise de ses immenses yeux verts, il y flotte une sorte de rage et de sensualité perturbante. Comme la mer juste avant un violent orage.

Il claque la langue. S'appuie contre le bois de la porte. Sors une cigarette, la porte à sa bouche, l'allume puis souffle la fumée en observant l'immense vide qui les sépare encore.

Cette situation serait sûrement dramatique si elle n'était pas allongée sur un édredon rose brodé de fleurs excentriques, et qu'elle ne portait pas ce ridicule ruban de dentelle autours de son cou d'albinos dégénérée.

" Ne fûmes pas ici ! " hystérise t'elle.

Il tire sur sa cigarette comme si il était devenu brusquement complètement sourd. L'ignorant pour le plafond surchargé de moulure.

Elle s'est levée, son corps filiforme et incroyablement tendu sous sa tenue entièrement transparente aux teintes fleurs fanées. Il aimerait trouver ça pathétique mais il ne va pas en avoir le loisir.

La gifle vient s'abattre sur son visage. Elle lui arrache la cigarette de la main et l'écrase, colérique, sur le parquet. Ce dernier grince un peu sous son talon fuchsia d'excitée.

Les bras ballants, il attends.

" Comment oses tu ! Tu sais parfaitement tout ce que tu me dois ! Tu vas t'allonger et faire précisément ce que je te dis ! Immédiatement ! "

Il contient un soupir, les lèvres pincées, juste avant de quitter d'une épaule l'appuie de la porte, il glisse ses doigts sur l'interrupteur.

Pourquoi elle aime tant les services d'un castré... ça il l'ignore.

Quand il pense que c'était sensé être fait pour qu'il n'ai pas à se soucier de tout ça.

Contre la porte, les petites griffes s'appliquent à manifester la présence de deux ou trois chatons curieux. Il s'amuse à tenter de deviner leur nombre exact, les coloris de leur pelage, la façon dont elle en à fait ses esclaves.

"Fuyez pauvres fous ... "

Il sourit dans l'obscurité, décidément il faut qu'il arrête de regarder la télévision.

Plus tard, la nuit, la chaleur régurgitée par le bitume, les lumières ocrées sur le ciel noir pastel d'un Paris insomniaque.

Plus tard, la liberté, toujours plus tard.

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Passer à Travers

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Il était assis. Comme on pause. Immobile et flatté par le vent. Son long cuir lui battait les bottes, tandis qu'il observait les bateaux s'écouler sous le pont au bord duquel il était juché.

Il aurait probablement ignoré encore longtemps le reste de l'univers, fasciné par les reflets de l'eau, les nuages liquéfiés, le chuintement des coques glissant à la surface.

Malgré tout quand elle arriva, la démarche nonchalante, dans cette espèce de nuisette indécente en pleine journée d'hiver, il frissonna. Se crispa. Puis la toisa avec insistance. Volontairement insolent.

Elle semblait tomber de nul part, marcher à chaque endroit de l'univers à la fois et cela soulevait le cœur, les tripes et écorchait l'âme de l'observer ainsi avancer inexorablement, invariablement. Fatalement.

Elle l'observait aussi avec une indifférence glacial, le voyant avec la même limpidité que le reste de la création. Autant dire, sans avoir besoin d'y prêter la moindre attention.

Un rictus amusé sur son visage de calcaire poudré, un peu grinçant. Une lame plus affûtée que ses griffes à lui ne sauraient jamais être.

Quand elle fut suffisamment proche de lui pour qu'il puisse en éprouver un profond dégoût et une horreur sans nom, elle se tourna brusquement vers lui, collant son petit corps entre ses longues jambes, tirant sur ses longs cheveux gris, elle lui arracha un baiser glacé au goût de cendre.

Puis le relâchant avec une cruauté enfantine, elle murmura :

"Joli chaton, gentil chaton".

Puis, elle s'en fut. Ni plus ni moins. Pas plus rapidement ni plus lentement qu'elle n'était arrivée. Juste car ainsi va t'elle, passant à travers les plaines.

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Faveur

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La porte se ferme, bruit de clef, ses pas descendent l'escalier. Elle a pris une nuisette dans ses affaires, et la grosse valise, elle rentrera dans trois jours, peut être quatre. Il le saura bien assez tôt de toute façon.

Il s'étire lentement, observant par la fenêtre les nuages jouer avec l'azur. Quelques oiseaux défilent comme une phrase en pointillé.

Glissant de la table, puis se dirigeant d'un pas nonchalant vers le miroir penché contre le mur, il observe sa toison grise dans le reflet, fixe ses yeux mordorés avec une sorte d'incrédulité, puis d'un mouvement, s'appuie contre l'objet.

Tirant ses vêtements de l'autre côté du miroir, il jette un œil sur son corps nu, soupire, pose le paquet de linge récupéré sur le petit canapé, et va dans la salle d'eau.

Assis sur le rebord de la baignoire, il fait couler l'eau, grimaçant légèrement. Un à un, il prends les produits à sa portée et observe chacun avec une attention soutenue, haussant légèrement les épaules.

Avec une crispation des lèvres, il se glisse dans l'eau. Il réprime l'envie de se débattre à grand renfort de contraction musculaire. Puis finalement, se relâche et s'allonge complètement.

Dans la poche du manteau posé sur le canapé, le téléphone vibre. Il ferme les yeux et plonge sa tête au fond de la baignoire.

Dans la chaleur et le silence aquatique, en entendant son cœur battre à une vitesse invraisemblable, il sourit, ses lèvres nacrées de gris parfaitement closes.

Quand il relève sa longue chevelure, il a la sensation que tout son corps est en ébullition, il ressent une envie puissante de partir de cet appartement, de laisser tout cela derrière lui.

Il sort du bain, se retient de secouer vigoureusement la tête, attrape une serviette et sèche soigneusement ses longs membres musclés. En sortant, il croise la glace, au loin un chat gris l'observe, assis, contemplatif.

Une fois vêtu, le téléphone se refait entendre, il décroche. Et reste silencieux.

" Viens me voir ".

Il ne réponds pas. Ferme le téléphone et le glisse dans la poche de son jean. Termine de boutonner sa chemise blanche, enfile ses chaussures, puis son manteau. D'une poche il sort une paire de lunettes pour protéger ses pupilles du regard des curieux. Dehors il fait un grand soleil.

La porte d'en bas claque derrière ses talons, il remonte l'avenue puis se dirige vers la gare.

Dans quelques heures, il devra répondre de ses faveurs. Mais pour l'heure, il compte savourer sa liberté.

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Aspect

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Lumière glissante, sur ruelle froide. Pénombre jaunâtre qui glisse sur le cuir de son manteau. Il avance lentement, comme une sorte de froissement, celui caractéristique qu'on entends en automne, les jours de pluie. C'est un peu comme si chacun de ses pas était une histoire, longue, dramatique, énigmatique.

Arrivé à l'intersection, il s'arrête et s'adosse à un mur. Sa longue main fine glisse dans une de ses poches immenses pour en sortir un paquet de cigarette longue, il en tire une délicatement et la porte à sa bouche. Ses lèvres sont légèrement grises, on pourrait penser à un maquillage. Sauf que ...

Il observe les allées et venues des passants dans la rue bondée, la nuit. Attentif il guette quelque chose mais nul ne saurait dire quoi, même ainsi concentré.

Il y a une odeur qui l'attire, une odeur d'ammoniaque que seul lui perçoit, diffuse, étalée sur les murs, les pavés.

Il toise Paris avec la patience d'un sage, ses yeux mordorés fixent ce qui semble être le vide. Une famille qui sort d'un restaurant l'évite, un peu nerveuse, et guide sa marmaille sur le trottoir d'en face.

Un petit rictus se dessine contre sa peau très pâle. Un vibreur fait raisonner sa musique sourde au fond de ses vêtements, il extirpe l'objet avec une grimace, ses pupilles s'ouvrant jusqu'à remplir quasiment ses yeux. Il décroche et d'une voix rauque prononce :

" Je ne suis pas là ".

Un léger ricanement se fait entendre au bout du fil puis :

" Puisque tu n'es pas là où tu es, sois chez moi dans une heure ".

Long silence, ses cheveux immenses se soulèvent gracieusement dans l'air nocturne.

" Je dois rentrer ".

Le téléphone réponds par une tonalité d'absence. Il raccroche en soupirant.

Il reprends sa marche, écrase sa cigarette dans le caniveau et hèle un taxi.

" Pour la banlieue ".

Mouvement agacé du chauffeur.

" En moins d'une heure."

" Montez ".

Il s'assoit à l'arrière sans aucune précipitation, quand la Mercedès redémarre, il observe à travers la vitre la capitale défiler à travers ses iris, fasciné.

Il fournit l'adresse au chauffeur d'un ton absent. Puis se délecte des bâtiments, des lumières, des reflets de la Seine, des gens qui s'agitent, des rues sombres, des avenues illuminées.

Il a faim.

Une quarantaine de minute plus tard, le taxi s'arrête sur le parking vide d'une petite ville de banlieue, paisible et protégée. Il le paye en coupure, lui dis de garder la monnaie et lui souhaite bon retour.

Il reste ainsi un long moment sous la lune, les bras le long du corps, comme si il se nourrissait de quelque chose d'invisible, puis peu à peu revient à lui, au principe de mouvement.

Lentement il se dirige vers la porte de l'immeuble, tape le code d'entrée, monte les marches, puis une fois devant la porte sors des clefs et ouvre. Il glisse le trousseau avec une infinie précaution dans le tiroir de la cuisine proche de l'entrée puis va s'installer dans le salon.

Il y a du silence, de la torpeur dans cet appartement vide. Dans cinq minutes elle sera là.

Interdit, il observe le miroir plaqué contre le mur, il n'a pas été encore remit en place, elle devait le faire y a un an. Il s'approche de la glace qui reflète à travers les rideaux fermés une lumière orangée. Une fois la main contre la surface lisse il sent que tout bascule.

Cinq minutes plus tard, la porte d'entrée claque au rez de chaussé, il s'étire, s'approche de la porte, et pousse quelques miaulements rauques.

Les clefs rentrent dans la serrure et ouvrent la porte. Une jeune femme rentre, chargée de ses sacs de voyages.

" Salut Grian, tu as faim ? "

Oui effectivement on peut dire ça, pense t'il.

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Nostalgie

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Interdite, elle caresse la stèle gravée du bout des doigts. Confusément il lui semble évident la légende.

Elle frissonne un peu et parcourt des yeux la petite grotte souterraine.

Cette sensation d'être au nœud où la boucle commence et s'arrête.

Elle s'accroupit puis s'assoit à même le sol. Elle a sorti son carnet de croquis mais reste immobile devant sa page blanche.

Des touristes vont et viennent, commentant leur ignorance dans un brouhaha futile.

Les yeux dans le vague, elle se laisse glisser dans une rêverie sans fin.

Une odeur lui remplit les narines qui semble issue d'une autre époque, chaude et profonde, mélange de sous bois et de fleurs blanches.

La tête lui tourne légèrement et un goût de fer lui remplit la gorge.

Elle a tellement envie de courir. Là, ventre à terre, dans des plaines infinies, non comme si sa vie en dépendait mais plutôt comme si sa nature l'exigeait.

Un soupir profond lui gonfle la poitrine.

Les visiteurs s'éloignent.

Des étoiles semblent la cueillir et l'emmener.

Mais finalement, il est juste l'heure de rentrer.

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Enfant Chaos

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Première sortie vers la terre, la mer de feuille, l'enduit collant du soleil et de la sève, fourrure luisante, sensation de respirer pour la première fois, comme si on s'étouffait d'avoir trop d'air.

Il y a à l’intérieur des rivières, des pierres et des larmes de résine, un soupir, un désir...

Tout au long des espaces couvert par son galop bestial, sensation d'être devenu fauve, d'être devenu jungle...un prémices de silence dans les reins, un soulèvement de fureur dans ses seins, quelque chose qui rugit et l'appel, la rappelle et l’obsède, une verte lumière, une forte chaleur, une glissante pente et tout au fond l'abyme et le lys froid de la mort.

Course contre le temps, course contre le solaire, course contre l'étoile qui darde ses rayons de carmin sur la peau et la dévore, la saigne et la déchire, une souffrance pour une jouissance, le chaos même à ses lois, il parait qu'elles régissent l'impensable...

Retourne toi et danse avec moi !

Chaque pas est une fatale abstinence, Chaque tour une aimable récompense, mais tout au long de cette frayeur, il y a l’agréable élégance, celle qui amène tel le poison, l'éjacule puissance.

Et traverse les voiles, pressentir la descente de la lune au creux des toits du monde, comme si les dieux avaient landau créer, il y a des naissances qui passent par l'indécence.

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Chant

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Il existe quelque part un corridor et ses milles portes, le vent qui joue les tapis volant, le temps qui s'amuse au tournant.

J'ai couru quelque part jusqu'à la jetée, et je crois bien que ton visage s'y dessinait ...

De part en part, j'ai chanté les flèches qui s'étoilent mais quelque part le sang m'est resté dans la gorge, pour couler rivière écarlate, sur ta joue, sur ton corps.

Tes yeux s'agrandissaient et l'horreur absorbaient, je ne sais plus pourquoi mais la porte s'est fermée.

Pourtant tu étais là, la tête posé sur mes genoux, paisible et rêvant sur les ailes de mes harmonies, comme si elles t'emmenaient dans des pays sans soucis, je t'aurais bien suivi.

A travers les bijoux et les verroteries, il y a le secret caché de la lumière, et le murmure des océans verts, il y a le sceau de sagesse et la bête féroce, et tout cela tu le sais, et tout cela tu le nie, et tout cela tu le lie, et tout cela tu l'envie.

Et moi je te regarde comme on regarde un enfant, trop de force et d'insouciance, le sourire invulnérable, et le rire comme seule arme ... combien de temps tiendra tu face aux gueules épouvantes du printemps ?

Combien de temps, bel amant ?

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Nénuphare

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Frémissement, j'ai senti ancré dans les profondeurs

De mes abymes monter tes yeux d'acide.

De ton regard inhumain tu me fixe du haut de ta cruelle affection.

Je ne veux que t'échapper sans souhaiter me libérer de toi.

Tu es un peu de ma vie, un peu de ma mort.

Cordon Ombilicale au fond de mes ténèbres,

Je tire une fois pour me nourrir,

Deux fois pour mourir.

Mais au fond de ma chair, éclos lentement le végétal,

La colère embrasse le désir,

La peur danse avec l'envie,

La tristesse enlace le rire,

Autour du cœur palpitant de mon soleil,

Pâle œil ouvert sur un monde d'Aube.

A toi qui crois l’ascension de mon existence,

A la surface de cette eau mouvante et glacée,

A toi qui pense de loin l'éclat douceâtre de mes pétales,

Qui lèvent leur tête fragile vers l'azur.


Saches que rien n'est plus difficile,

Que ce qui est simple.

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Désespoir

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Le pelage collé de sang, Eimah reste inerte, adossée au rocher, embrumée dans une atmosphère irréelle.

Elle fixe sa main, qu'elle ouvre et referme sur le vide. Cette main débile et inutile, outil de son impuissance.

La voûte céleste a perdu tout son merveilleux, et sa chape froide et sombre, dardée d'étoiles lui transperce le cœur.

Inerte sur son flanc, le petit corps sans vie.

Inerte sur son sein, le petit être sans souffle.

Rien ne survient plus que le silence déchirant et lancinant. Hurlement figé et immobile.

Rodant en charognarde, la peur se rapproche, en cercle concentrique et lui oppresse les poumons et les muscles.

Au loin de sa conscience, les flammes proches de son anéantissement, si elle ne bouge pas, si elle ne fuit pas.

Mais toutes les lames, et tous les incendies ont déjà eu raison de sa vie, qui gît immobile dans ses bras.

Alors ils seront sur elle, et ils déverseront leur colère et leur haine.

Ils lui trancheront la chaire, et lui brûleront le corps, et dans une fumée acre, son gris poil d'argent crépitera dans la nuit sans lune.

Elle se recroqueville une dernière fois pour serrer contre sa joue humide son enfant adoré.

" Pénètre la terre mon étoile, et demeure à jamais ma lumière ".

Tombe de fortune à peine refermée, pour pierre tombale le corps éventré d'une mère condamnée d'avoir trop aimé.

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vendredi 21 mars 2014

Entropie

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La pièce était froide, et vide. Les murs en verre donnaient une sensation de vivarium. Ils savaient qu'ils étaient observés.

Ils se souriaient.

Toutes ces vies, toutes ces expériences, tous ces trésors, pour finir ainsi, en rats de laboratoire.

Ils voulaient du spectacle ? Ils allaient leur en donner.

Encore et encore.

On les avait isolé. On les avait examiné, ausculté, scanné, palpé, ouvert, refermé...

Ils avaient été annotés, scrutés, estimés, numérisés.

Enfin, depuis des mois qu'ils leur avaient interdit le moindre contact. Enfin. Ils étaient ensemble.

L'espace disparaissait, le temps, une simple foutaise.

Plus rien n'existait. Juste eux. Juste elle. Juste lui.

Il laissait tomber de sa bouche une mélopée légère, quelques vestiges d'une symphonie oubliée. Elle glissait ses doigts sur le sol, pour écrire en langue oubliée, juste en filigrane, des mots d'amour que seul lui pouvait comprendre.

Juste la voir, et il s'allumait en lui les ruines d'enfers calcinés. Impérieusement l'assaillir. Glisser dans le tissus de sa peau les plus subtils soupirs. Elle le fixait, fière et indomptée, impérieusement prête à être chevauchée. Juste par lui, juste pour lui.

Le cube de glace aseptisé dans lequel ils les avaient enfermés s'embuait lentement, pourtant ils étaient encore à quelques mètres de distances.

Les compteurs s'affolèrent. Les notes ne se recoupaient pas. Les chiffres étaient excessivement élevés.

Il était déjà sur elle, incroyablement rapide de langueur. Il la désentravait de l'affreuse combinaison, libérant peu à peu son corps magnifique. A chaque geste, elle se tendait un peu plus, arc précis, et précieux.

Elle se courba vers l'avant, puis brutalement vers l'arrière. La pièce trembla. Les vitres se couvrirent d'une épaisse condensation. Ils n'arrivaient plus qu'à distinguer leur silhouette penchée l'une sur l'autre.

Ils s'aimèrent profondément, aux confins de la fin des temps, exactement comme à l'origine.

Simplement.

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jeudi 20 mars 2014

Erotisme

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Ils avaient fait le tour par les champs, et s'étaient glissés par les jardins, en s'agrippant aux pierres pour escalader le mur d'enceinte. Elle lui avait réajusté sa chemise et son col, il lui avait défroissé les étoffes et renoué les rubans.

En échangeant un baiser savoureux, ils s'égaillèrent aux lumières nocturnes qui soulignaient les allées gracieuses du château. Ils auraient bientôt l'air d'invités comme les autres. Riant et se jouant des codes avec élégance et talent.

Elle jeta son dévolu sur une jeune marquise, encore inexpérimentée. Elle aimait son rire nerveux et sa nuque blanche. Elle lui fit bien des compliments et des douceurs. Rapidement, la demoiselle n'avait d'yeux que pour cette personne qui semblait si initiée aux arcanes de la cour, élégante et astucieuse. Elle l'emmena de groupe en groupe où elle semblait y connaitre tout le monde, et s'inclinait avec grâce devant des visages émus et rougissant de la voir ici à nouveau. Entre buffet et réjouissance, elle enivra sa jeune proie avec facilité et délice.

De son côté, il avait rejoint un homme qui semblait s'ennuyer ferme jusqu'alors. Il accueillit son arrivée d'un hochement de tête entendu, et ils disparurent rapidement de l'assistance.

Dans la pénombre d'un boudoir, ils se retrouvèrent l'un contre l'autre, brûlants, presque fiévreux. Bousculant quelques bibelots, déplaçant les marqueteries, ils finirent allongés sur le tapis. Perdus dans une étreinte brusque. Il le laissa pleinement jouer de lui.

Il sentait ses mains puissantes et rudes lui retirer ses vêtements sans ménagement, et sa peau toute entière appelait la chaleur de son torse large. Il s'agrippa à ses baisers pour grimper dans son plaisir.

Lorsqu'il le senti profondément armé, il se relâcha dans un délicieux soupir, puis il émit un cri rugueux et chaud quand la charge commença.

Une odeur d'ambre et de musc envahissait ses narines et sa propre sueur lui semblait sucrée et entêtante.

Il y avait quelque chose d'animal et de sauvage qui se glissait en lui, l'intégralité des tempêtes de l'océan, le tonnerre de mille orages, et plus loin encore sur la grève, le mouvement imperceptible des planètes.

Quelques éternités plus tard, il s'endormit. Abandonné par son amant pour quelques autres distractions.

Il sentit qu'elle l'avait retrouvé, et il s'endormit contre sa poitrine chaude. Elle aussi avait goûté quelques jouissances.

Dans quelques heures, avant l'aube, ils se seront enfuis.

Pour l'heure, la chaleur de leur bras étaient le seul refuge des reflux de leur érotiques souvenirs chapardés au grès des oisifs dociles.

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mardi 18 mars 2014

Or

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Des mots inutiles.

En suspens.

Toute l'infinité de l'univers.

Juste ici, au creux d'eux.

Au bout de leurs doigts.

Dans chaque geste.

Intensément.

Délicieux vertiges.


Et de l'or brulant.

Partout.

Dans les yeux.

Courant sur la peau.

Des myriades d'étoiles.

Et de l'amour.

Jusqu'à la source.

Penchés l'un sur l'autre.


A la vitesse de la lumière.

Projetés dans la violence

Douce de la tendresse.

Le flot délicieux.

Un évanouissement.

Une jouissance.

Fleurs écloses.

Enfin.


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Sieste

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C'est ce moment qu'il choisit pour refermer l'ouvrage. Son visage était usé, et ses gestes lents. Mais ses yeux étaient toujours brillants d'une vie miraculeuse.

Il caressa la tête blonde qui s'était endormie sur sa cuisse. Dehors, le ciel s'était voilé d'un gris doux, pelage d'une jeune souris au flanc assoupi.

Au loin, le clocher sonnait la quatre heure.

Il parcourait du regard la pièce paisible, et pensait aux longues après midi de rire dans le patio élégant qu'il apercevait au bout de la fenêtre.

Repensant à sa chère amie, il sourit.

Avec tendresse et gratitude.

Il eu une pensée émue aussi pour la jeune femme taciturne. Il sentait confusément qu'elle ne tarderait plus à revenir vers lui. Il en éprouvait une certaine joie, ténue, rafraîchissante.

La pluie vint alors, car il était temps. Et dans une anarchie de gouttelettes, elle glissa son baiser humide sur les vitres silencieuses.

Tapie dans les ombres, la lumière révélait les objets en soulignant leurs souvenirs. Il se mit à caresser la couverture en cuir du livre. Se souvenant de la peau délicieuse qui lui avait offert tant d'envol.

Qu'il est puissant le désir d'amour des vieillards.

L'immense arbre qui attachait sa silhouette bleutée sur le ciel s'inclina pour le saluer.

Alors lui aussi s'assoupit. En attendant pour plus tard, l'heure du grand sommeil.

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Simplement

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Elle sentait l'amande et la prune.

Ils avaient passés toute la nuit à jouer, et s'étaient enfuis au matin.

Allongés dans un champs, sous l'aube délicieuse d'une matinée d'été déjà chaude.

Blottie contre lui, elle dormait. Le visage enfouit dans ses boucles épaisses, il rêvait.

Il n'y avait rien de plus simple, rien de plus fort. Que cette sensation de plénitude.

Oh, ils n'avaient rien des anges blonds auxquels ils ressemblaient, mais étaient ils pour autant si mauvais ? Un peu trop libres peut être.

De quel secret était issus ces étranges oiseaux blottis, seuls au monde, effrontés, sensuels, insatiables.

Ils étaient forts de leur naturelle séduction, ils se nourrissaient de jouissance, de légèreté, et du silence qui vient après les rires.

Les yeux éternellement brillants, plus vifs que l'air, plus caressants que le soleil.

Rien ne leur résistait vraiment, et ils étaient, sans conteste, les rois du monde.

Tant que rien ne les séparait.

Evidemment.

Evidemment...

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lundi 17 mars 2014

Vagues

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Alice se réveilla en sursaut. La lecture avait du l'impressionner.

Elle était convaincue qu'un visage marmoréen la toisait depuis le ressac de ses rêves. Adrien s'était réveillé et l'attirait dans ses bras.

Ils avaient finalement pu dormir ensemble. Sous de nouvelles excuses soigneusement inventées par leur gardienne de secrets.

Derme contre derme, elle sentait sa respiration paisible l'envahir. Les ombres se découpaient à la lumière de la lune qui s'invitait par la fenêtre. Il détestait fermer les volets. Il haïssait les ténèbres.

Sans trop s'en rendre compte, elle se mit à chantonner un air caressant. Il l'écoutait, penché sur son front frais.

Elle était sa source de vie, sa nouvelle aube. L'embrun délicieux d'un océan d'amour.

Il glissa ses mains chaudes sur la peau douce de ses seins. Une réponse timide et délicieuse répliqua à sa question silencieuse.

La basculant lentement dans ses bras, il l'embrassa longuement, profondément. Son baiser chassait l'obscurité, les fantômes, et les peurs. Tourbillon de chaleur qui l'emportait dans une soie de plaisir.

Confusément, elle sentait ses doigts jouer de ses cordes les plus sensibles. Et ses soupirs furent la mélodie extatique la plus suave, la plus sensuelle dont il pouvait rêver.

Inspiré, il se glissa tout contre son ventre, l'embrassa à la manière d'un trésor inestimable. Et se perdit plus bas, toujours plus bas. Accompagné par la cambrure rythmée de ses reins.

Sa langue était chaude et humide, laissant une sensation brûlante et ténue qui parcourait tout le corps d'Alice. Elle voulait crier combien elle l'aimait. Combien elle aimait tout de cet instant.

Il pressa avec malice la cadence, et plus une seule pensée ne lui parut cohérente. Elle perdit pieds. Plusieurs fois.

Et toujours, elle sentait sa main serrer la sienne, la ramener à lui, à eux. Pour mieux la laisser repartir plus loin, plus profondément en elle.

Toute la maison semblait frémir avec elle de son plaisir infini.

Et quand elle cru se sentir retomber doucement sur le lit, il entrait en elle, déchaînant la vague la plus puissante, la plus sublime qu'elle n'aurait pu même imaginer.

Ils jouirent ensemble, dans une étreinte magnifique et inoubliable. Puis lovés l'un contre l'autre, murmurant des sourires et des mots d'amour. Ils s'endormirent. Beaux et sereins.

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dimanche 16 mars 2014

Epistolaire

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Ma chère Anna,




Je t'écris cette lettre depuis ma chambre où le médecin m'a imposé un long repos pour cause de trouble hystérique et relâchement nerveux. Évidemment personne dans la maison ne compte porter le moindre crédit à ce qui m'est arrivé hier, et j'espère du fond du cœur que notre amitié, qui date de nos premiers jupons et rubans, sera assez profonde pour que tu sois convaincue que je n'ai nullement affabulé.




Comme je t'en avais confié l'intention, je me suis rendue à la demeure du 48, Abascon Road. Tellement intriguée et fascinée par ce que les domestiques en disaient à voix basses, et dont les bruits semblaient courir dans toutes les ruelles un peu obscures d'Éminence. Particulièrement suite aux disparitions de jeunes demoiselles qui faisaient la une des faits divers depuis quelques semaines.




J'ai toujours été aventureuse au grand désespoir de Mère. Et vous savez comme les travaux d'aiguilles et autres conversations autours de la qualité du dernier arrivage de Earl Grey me lassent jusqu'au mépris.




Aussi, c'est lorsque chacun fut endormi dans la demeure, que je me glissais en dehors. Ayant chapardé la tenue du jeune John, le valet de chambre de Père. Je tentais de m'habituer aux godillots plats de ce dernier qui heureusement se trouvait avoir de petits pieds.




Après quelques errements, je tenais enfin une démarche assurée. Ma chevelure soigneusement attachée et camouflée par une de ces affreuses casquettes bon marché, j'avais, si ce n'est fier allure, au moins l'aspect d'un jeune domestique en quartier libre.




Abascon Road n'est pas fort loin de notre bâtisse familiale, aussi me trouvais-je devant l'impressionnant portail de fer forgé assez prestement. Trouvant ma tenue pratique si je devais escalader ce dernier pour me rendre à l'intérieur. Oh je vous en prie ne vous offusquez point trop de mon attitude cavalière, vous savez comme moi que la curiosité à ses raisons que les bonnes mœurs ne pourront jamais admettre. Et vous savez aussi parfaitement que votre regard de désapprobation ne me fera pas dire plus de Pater Noster à la messe de dimanche. Mais soyez rassurée d'une chose, je n'eus pas à faire le singe pour pénétrer le jardin, plongé dans le silence de cette nuit encore neuve.

Alors que je frôlais de mes doigts l'armature de métal, un cliquetis retenti et le système d'ouverture céda de lui même m'offrant libre passage vers le parc sans lumière mais parfaitement entretenu de l'étrange demeure.




Malgré l'obscurité de plus en plus compacte, je n'avais pas de mal à me figurer l'endroit devant lequel je m'étais de nombreuses fois arrêté de plein jour.







Au bout de l'allée dont les graviers blancs laissaient un ruban plus clair sur ma rétine que la végétation environnante, se trouvait endormi le fronton blanc et lisse. Je m'en approchais sans crainte lorsqu'une silhouette me fit sursauter. Je ris de ma sottise ma chère Anna. J'avais pris ridiculement peur d'une statue posée entre deux bosquets pour décorer les lieux.




Cette dernière était la représentation d'une nymphe sortie du bain, occupée à sécher son corps nu d'un drapé figé dans la blancheur de l'albâtre. Son mouvement était si gracieux que je restais un instant admirative devant cette rencontre fortuite.




Finalement sortie de ma contemplation par ce qui m'avait amené séant, je m'éloignais avec l'étrange impression que la nymphe me suivait du regard. N'est-ce-pas là, ma douce Anna, l'effet provoqué par toute bonne statue ?




Enfin j'approchais la lourde porte de chêne sculptée et fut saisie de surprise lorsque tout comme le lourd portail de l'entrée, celle ci s'ouvrit d'elle même. Invitation silencieuse et impérieuse à me faire entrer en son mystère.




La curiosité qui m'avait amenée jusqu'ici ne faillit pas à me pousser plus loin. Et je me retrouvais dans le corridor, ayant juste le temps de me retourner pour apercevoir au delà de la porte, en train de se refermer comme elle s'était ouverte, une vague silhouette que mon imagination interpréta comme la nymphe courant par devers moi le bras tendu et le poing crispé. Un frisson dévala mon échine, mais je le chassais avec pragmatisme. Cela n'était rien d'autre que jeu d'ombre dans la semi obscurité.




Sûre de moi, je découvrais donc ce nouvel espace comme luxueux et parfaitement tenu. Je souris en me rappelant des rumeurs domestiques qui chuchotaient que nulle âme n'avait été vu aller et venir dans cet endroit, ni pour entretenir le jardin, ni pour prendre soin de la demeure. Je m'attendais à voir arriver une mystérieuse équipe de nuit qui me saluerait et me reconduirait sans doute vers l'extérieur lorsque j'aurais fourni quelques mauvaises excuses à ma visite impromptue.




Ainsi aurais-je pu revenir satisfaite d'avoir élucidé avec logique et réalisme l'affaire d'Abascon Road... et quelle bonne histoire à raconter pour pimenter un peu nos après-midi de confection habituellement si mornes !




Mais je ne croisais personne.




Les flambeaux étaient tous allumés et les murs semblaient ne chuchoter aucun grattement, aucun craquement ni trahir aucune conversation alentour.




Un silence parfait. Que l'on entends qu'au cœur de l'hiver, les nuits où plus aucun être n'ose élever le souffle face à la rigueur du froid.




D'ailleurs, je ressentais comme un froid. Pourtant la porte s'était bien close, et j'espérais soudain que cette fermeture ne soit pas définitive, me séquestrant en dedans lorsque je souhaiterais me rendre en dehors.




J'allais m'en assurer quand finalement un bruit parvint jusqu'à moi. Plus qu'un bruit, il s'agissait plutôt d'un très léger chuintement. Je terminais d'arpenter le corridor en direction de ce signal et parvins à un vaste escalier donnant sur un double palier de part et d'autre de ce dernier.




J'entamais l'ascension le plus discrètement que je pouvais pour n'attirer l'attention que le plus tardivement possible sur ma présence.




Le son se fit plus net et ressemblait à des pas de danses glissés sur un parquet lustré. Mais sans mélodie pour les accompagner. Je me dirigeais donc à pas feutrés vers ce qui me semblait en être la source, et poussais le battant d'une porte non close devant moi.




La pièce plongée dans l'obscurité me fit cligner des yeux tandis que ses lampes s'allumaient d'elles-mêmes poussées par je ne sais quel mécanisme ingénieux. Pourtant nul danseur en ces lieux si ce n'est une charmante représentation de marbre d'une petite fille en tenue de ballet, parfaitement immobile au centre de la grande pièce au parquet ciré.




Absorbée dans sa contemplation, je fus saisie par la qualité de ses détails et la profondeur de son expression.




N'entendant plus de sons particuliers et étant certaine d'être seule dans les lieux, je me mis à le visiter sans gêne et avec grand plaisir. Chaque pièce détenait des trésors de bibelots, de livres rares, et de meubles aux essences précieuses. Je ne suis pas prête d'oublier telle opulence orchestrée par tant de goût.




Je sentais pourtant une sorte de malaise grandir quand ayant fini de visiter les pièces de l'étage j'entrais dans une salle vide. Froide et sans tapisserie, elle semblait nue et en attente.




Un engourdissement me saisit. Et une inquiétude se mit à chuchoter à mes oreilles. Je ne saurais te dire comment, Anna, mais j'avais la désagréable sensation que cette pièce-ci m'attendait. Comme tapie dans ses ténèbres, elle m'observait et désirait goûter mon être vivant, mouvant, chaud.




Je me mis à reculer lentement, puis me positionnai le plus vite possible au delà de son seuil. Juste à temps. La porte se claqua brutalement, semblable à une mâchoire qui se referme sur le vide.




Je dévalais l'escalier, heureuse de porter godillots et non bottines à talon. Je traversais le corridor sans chercher à me retourner. Au loin le chuintement des pas de danses avaient repris, puissants, tel un accompagnement, un encouragement peut être.







Je me heurtais à la lourde porte. Comme je m'en étais inquiétée plus tôt elle ne voulait pas céder à l'ouverture.




Sans trop savoir ce qui se rapprochait réellement, je sentais planer sur moi l'urgence de trouver une issue. C'est une petite fenêtre qui attira mon attention, un peu sur le côté de l'entrée majestueuse, qui semblait avoir été laissée ouverte, issue rêvée et miraculeuse.




Appréciant de ne pas avoir les hanches de Lady Winston, je me glissais à toute allure dans l'échappatoire. Et il ne fallut pas bien plus de temps pour que mes pas crissent sur les graviers blancs en une course effrénée.




Je dus cette fois escalader l'immense portail qui, telle la porte de chêne, se refusait à être aussi facile à s'ouvrir qu'il ne l'avait été à l'aller.




Finalement, raide et crispée dans le halo projeté par le lampadaire de rue, je jetais un dernier coup d'œil dans le jardin soudain devenu à mes yeux sujet d'horreur. Et ce fut pour voir, figée au milieu de l'allée et douloureusement abattue, la nymphe nue. Elle tenait, serré dans son poing à la blancheur parfaite, le loquet de la petite fenêtre qu'elle avait sûrement dû forcer pour ma libération.




Mon cœur, Anna, depuis cet instant, n'a cessé de battre sans souffrir.




Ta sincère et dévouée amie,




Moira

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Scintillement

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Il lui tenait la main, très fort, serré intimement dans son poing. Les lèvres gravées dans l'or d'un sourire flamboyant. Adrien contrastait avec l'ambiance pathétique du cabinet médical.

Alice regardait ses pieds. Elle n'aimait toujours pas beaucoup les instances hospitalières.

La mère d'Adrien débâtait avec le médecin.

Il était évident qu'ils s'étaient trompé avec leur diagnostique désastreux. Elle soulignait de ses doigts les lignes importantes des résultats sanguins. Elle montrait son fils d'un geste plein d'évidences.

Le jeune homme affichait une mine réjouie. Il avait retrouvé des couleurs, et ses cheveux commençaient à nouveau à reprendre des envies de rebellions.

Alice avait envie de rire en regardant par en dessous la mine éprouvée du cancérologue. Non qu'il trouve le principe désolant, mais il était totalement incapable d'expliquer la situation.

Ce n'était pas une rémission. Mais comme si Adrien n'avait jamais été malade. Ni même traité.

Ils sortirent du bureau, glorieux comme au lendemain d'une victoire.

Son amie qui les attendaient dans la salle d'attente détourna sa mère pour un déjeuner, glissant dans la main d'Adrien les clefs de la maison.

Pendant qu'ils prirent par les petits chemins, savourant le soleil et le plaisir d'être ensemble. Adrien lui parla de Daniel et Joseph.

Et elle hochait la tête, comme si il ne faisait que lui rafraîchir la mémoire. Depuis cette étrange journée, elle avait l'impression de ne pas lui avoir lâché la main une seule fois.

Et peu à peu, ce jeune homme blême aux portes de la mort semblait revenir au souffle primaire. Elle avait la sensation de réchauffer ses veines et d'entendre son cœur répondre à ses baisers.

Avec un coup de fil, elle s'était débarrassé de l'idée de rentrer chez elle. Elle vivait chez cette femme étrange, fascinée par son grand oncle. Riche et prodigue. Et qui la regardait comme jamais sa mère n'avait été capable de la voir.

Peu à peu, elle s'était prise à ce jeu de cache cache avec le couple émouvant que formait Joseph et Daniel.

Cet après midi, il lui avait promis de lire les lettres qu'ils avaient trouvé dans le coffre. Elles n'étaient pas de son grand oncle, mais dataient d'une aïeule dont elle ne savait rien.

Et Adrien tenu promesse.

Nus dans la fraîcheur de la chambre, il lui avait murmuré, en lui caressant la peau, la toute première lettre de Moira Hope.

Elle avait frissonné, et senti son pouls s'accélérer. Alors il l'avait rassuré. Puis aimé. Encore.

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Sentiments

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C'était une après midi rêvée. Elle les avait conduit chez le notaire, ils avaient rapidement pris connaissance du contenu. Alice leur avait laissé les feuillets, les carnets, et le paquet de correspondance ancienne sans même jeter un oeil dessus.

Ils étaient allé s’asseoir dans un parc, le printemps virait à l'été. La pelouse teinte émeraude fascinait Adrien. Le soleil roulait dans le ciel son regard cyclopéen. Il goûtait toutes ces couleurs, toutes ces odeurs avec la contemplation des anciens qui soudain se souviennent que la vie est éphémère.

Mais il la regardait surtout elle. Pendant qu'on lui expliquait le fabuleux héritage littéraire qu'avait laissé derrière lui son grand oncle, sans descendance. Elle les regardait tour à tour convaincu que c'était une plaisanterie.

Il aimait ses mains fines dont elle ne savait pas quoi faire. Ses manières d'enfant enfermée dans un corps de jeune femme. Il aimait même le son de son rire, pourtant nerveux et inquiet en cette journée de découverte.

Il détestait juste l'idée de devoir mourir prochainement. Un orage profond voila l'océan qu'il posait sur ses cuisses blanches que la lumière du jour venait lécher tendrement.

Son amie était initiée aux choses de la vie depuis bien plus longtemps que leur deux âges réunis. Et elle connaissait l'appétit de ceux qui vont partir. Elle inventa une conversation téléphonique qui devait la pousser à les abandonner deux petites heures.

Pour qu'il ne soit pas fatigué, elle les déposerait avant son rendez vous à la maison. Bien sur sa mère et son médecin seraient tenu au courant, mais le temps était doux. Non il n'y aurait pas de problème.

Si Alice acceptait bien sur.

Un hochement de tête.

L'affaire fut close. Elle referma le portail sur eux et leurs secrets.

Alice ne comprenait pas totalement tout ce qu'il se passait. Ce matin encore elle se disputait avec sa mère qui prenait son premier whisky avec un visage usé de maquillage sale et de rêves brisés.

Et elle se retrouvait dans une sublime maison, entourant de ses mains blanches, un délicieux jardin paysagé. Tout était paisible et décoré avec goût, et pour Alice qui n'avait connu que des meubles de mauvaises qualités et une décoration de pacotille, il y avait néanmoins quelque chose de douloureusement familier.

Quand Adrien l'installa dans le large fauteuil de Daniel, il frémit. Ses lèvres tremblèrent légèrement, et une petite goutte translucide perla sur sa joue.

Alice, sans réellement sentir son geste, lui caressa la joue. Par réflexe. Par habitude.

Il y eu cette sensation étrange qui les secoua tous les deux. Un rituel évident. Adrien s'agenouilla près d'elle. Une tension incroyable planait dans l'air. Il fredonna nerveusement quelques notes de musiques.

La symphonie de Joseph.

Quand il releva les yeux. Alice pleurait.

Il ne trouva aucun mot.

Alors elle ouvrit ses bras. Et il se blottit contre elle.

Dans cet espace le temps fit une pause.

Il cru, du coin de l'œil, voir une silhouette s'effacer. Un ruban bleu tomba à ses pieds.

Puis Adrien sentit les lèvres d'Alice sur les siennes, et le monde cessa de tourner.

Une transe douce les emporta. Tendrement, il lui retira ses vêtements, vestige de ce qu'elle n'était pas. Tout comme Daniel l'avait dévêtu jadis, sous un chêne vénérable, dans une matinée chaude qui sentait le lilas.

Ils s'aimèrent lentement. Avec la sagesse de ceux qui se retrouvent.

Ils s'aimèrent pleinement. Avec ce goût d'éternité que seule offre la promesse de mort.

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Respiration

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Lame tirée, acérée,

Un peu d'acier pénétré,

Dans les profondeurs de mon inimité.

Intimité blessée,

Sang à flot coulé.

Bâtisse immergée,

Dans les anciens torrents.

Bleu des larmes

Dans la froide gelée

Des mémoires entassées.

Mais finalement...

Au coeur des forêts,

Même calcinée,

Subsiste la douceur

Du sourire de celle

Qui dans le carcan

De mon coeur à l'étroit,

Me souffle tendrement :

Garde confiance.

Alors ...

Pour cette fois encore ...

Pour elle

Je reprends la danse.

Pour elle ...

Je reprends ma danse.

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Rencontre

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Elle avait enfin une bonne nouvelle.

Serrant l'enveloppe marron dans ses mains, elle regardait par en dessous la jeune femme qui l'accompagnait.

Son corps souple dégageait une séduction sauvage, rebelle. Elle était habillée avec un jean troué, et un tee shirt d'un groupe de musique inconnu, trop large pour ses épaules fines. Elle était à peine coiffée. Sur ses lèvres un rouge sanguin en guise de maquillage.

Elle tripotait nerveusement son casque de musique, et faisait mine d'avoir dans son air rogue tout le courage du monde. Mais elle détestait vraiment les hôpitaux. D'un geste, elle la fit patienter dans le couloir.

Elle entra dans la pièce, un sourire jusqu'aux oreilles. Plus splendide encore que ce premier après midi où elle avait eu la joie de rencontrer Adrien. Ce dernier finissait de classer ses notes et il la salua avec chaleur.

Elle approcha une chaise et réunit ses mains, ainsi qu'elle faisait toujours quand le sujet était important. Adrien posa sa paume sur ce mouvement grave pour apaiser son amie.

" Adrien, on a retrouvé un coffre au nom de Daniel, mais mieux encore, on a retrouvé un membre de sa famille. On va pouvoir aller, avec elle, visiter le coffre. J'ai obtenu l'autorisation et..."

Il avait levé la main pour qu'elle se taise. Il savourait l'information unique, la seule importante. Un membre de la famille de Daniel Hope.

" Où ? "

Dans le couloir. A l'attendre. Quand il voudrait. Evidemment qu'il voulait. Tout de suite. La faire attendre encore et puis quoi ?

Son amie riait. Il faisait rouler la mer de ses yeux en gros rouleaux menaçant de faire tempête si on cédait pas immédiatement à sa volonté.

Elle alla ouvrir la porte. La silhouette se dessina à moitié gênée. Elle ne comprenait pas totalement ce qu'on lui voulait, ni pourquoi cette femme avait tant besoin d'elle pour les vieilles histoires d'un grand oncle qu'elle n'avait jamais connu.

Adrien agrippa son souffle dans sa poitrine, et le relâcha un bien long moment plus tard. Il cligna des yeux plusieurs fois pour vérifier qu'il ne s'agissait pas d'une illusion.

Il voyait le visage doux de Daniel, ses yeux gris, sa bouche fine, et tout autour une jeune femme sublime, dessinée à grossiers traits de fusain dans des vêtements adolescents.

Instinctivement il voulait la serrer contre lui, l'embrasser, lui murmurer tous les secrets de la terre et bien plus profond encore.

Elle se racla un peu la gorge, étrangement troublée, puis lui tendit une main tremblante d'hésitation.

" Bonjour, moi c'est Alice".

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Sursaut

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Palette étalée de gris argentée,

Etoile ennuagée,

Le nez encore plein de lait,

Elle dort le flanc épais.


Des lumières aux sons aigus,

S'enroulent dans ses oreilles,

Si elle avait pu,

Si elle avait su.


Lascive, elle se tourne,

Le vent embrasse tendrement,

La fenêtre de son coeur,

Ce soir, elle y sera encore.


Alice...

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samedi 15 mars 2014

Brumes

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Elles attendaient en silence dans la salle d'attente. Elles tentaient de se reconstruire un sourire pour lui. Lorsqu'il sortirait. Lui qui leur offrirait son regard d'enfant que rien ne peut réellement atteindre. Son ciel de mer passé au lavis d'un printemps de gelée planté dans leurs yeux fatigués d'insomnie.

Quand la nouvelle était tombée, Adrien avait voulu qu'elle soit là. Près de sa mère.

Lui il savait déjà. La jeune femme brune lui avait murmuré. Dans ses rêves.

" Elle est si seule tu sais. Tu ne la quitteras pas, hein ? "

Bien sur que non elle ne la quitterait pas. Bien sur qu'elle serait là.

Elle se souvient qu'il tournait sa chevalière pensivement autour de son doigt. Pris entre deux rêves.

Il était condamné avant même qu'elle le rencontre la première fois. C'est les médecins qui avaient déterminé cela quand la fatigue, et le maigreur avaient poussé Adrien a consulter.

Sa mère s'était effondrée. Sanglotant. Les mains crispées. Son cœur était arraché pour la seconde fois. Tellement trop pour une même femme. Tellement injuste. Il avait regardé la silhouette de la jeune femme lui sourire tendrement, comme pour s'excuser.

Puis il avait haussé les épaules, serré sa mère dans ses bras. Il avait dit à sa chère amie de l'emmener boire un café pendant qu'il parlerait des traitements avec le médecin.

C'était un traitement dur, et il passait tout son temps d'hôpital à écrire, annoter et compléter les feuillets noircis de l'encre de Daniel.

Une fois par semaine, il sifflotait avec le plus de précision possible la symphonie de Joseph à une charmante jeune femme blonde qui trouvait toujours un moyen de le faire rire aux éclats.

Les nuits les plus sombres, entre deux crises de douleurs, les infirmières l'entendaient murmurer dans sa chambre. Engagé dans quelques conversations profondes avec sa si intime et familière mort à venir.

Sa maigre silhouette apparu enfin dans la salle pleine de chaises vides, les deux femmes levèrent la tête et lui offrirent le meilleur visage possible.

" On va boire un chocolat ? " proposa t'il d'un ton rieur.

" Tu aimes trop le chocolat " le gronda en souriant sa mère.

Elle les suivit tandis qu'ils sortaient par la grande porte à battant. Ils étaient lovés l'un contre l'autre.

Gardant dans l'enceinte de leur bras, la précieuse éternité de leur amour.

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Rumeur

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Adrien avait le front plein de sueurs. Il s'était éveillé brutalement, allongé dans le moelleux du canapé de cuir. Une figurine en jade de l'époque Ming l'observait en riant.

Il se sentait las et glacé. La réalité lui semblait soudain rude, sans verni ni maquillage. Une sorte d'os lisse et creux.

Il retira le plaid épais qu'elle avait du poser sur lui alors qu'il avait sombré dans l'épuisement. Elle était inquiète pour lui, depuis quelques jours.

Ses rêves semblaient le vider de sa substance, de sa jeunesse. Il avait même commencé à avoir quelques cheveux blancs dans ses boucles blondes. Ses yeux ressemblaient à un ciel de traine. Ses gestes avaient perdu la célérité de l'insouciance.

Elle avait bien tenté de lui dire de rentrer chez lui, de passer un peu à autres choses. Mais un nouveau rêve l'amenait pâle et fébrile devant le portail de la demeure. Elle ne pouvait pas le laisser ainsi.

Il lui parlait de cette jeune femme brune. Il s'étonnait quand elle disait ne l'avoir jamais croisée.

Avec une passion furieuse, il fouillait dans les tous textes de Daniel. Elle devait être là, quelque part. Forcément !

Elle qui avait été témoin de tout. Elle savait. Elle devait savoir !

En tailleur, calé contre des coussins, il se replongea dans les poésies, les nouvelles, les essais, les romans inachevés.

Où es tu ? Qui es tu ?

Que me veux tu ?

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Etonnement

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Au cœur de l'été, elle couvait du regard sa pâleur . Ses gestes étaient lents, elle refusait de déplacer quoi que ce soit, de froisser cet instant, de le rendre incohérent. Cette bouche tiède, ces yeux brûlants, ce front nacré.

Elle la frôlait à peine. Dans la fournaise de cet été, l'ombre adorée du chêne massif. Ce corps léger et immobile.

Le temps avait marqué une longue pause, et se tenait immobile, penché sur elles.

Sa robe bleue était un peu tachée par la déliquescence de quelques mousses séchées de soleil. Sur sa peau fragile qui n'avait jamais vécu aucune turpitude, il y avait la soie gracieuse de l'innocence.

A quelques souffles d'elle, Ambre hésitait. Elle la trouvait si belle. Des cœurs cesseraient forcément de battre comme avant lorsqu'elle l'aurait emmené sous son aile sombre et froide. De quel droit doit on aussi faire mourir les anges ?

Elle glissait ses doigts fins dans les cheveux épais et lisses, comme pour la recoiffer après sa chute. Elle en tirait des soupirs d'instruments éthérés. Une musique divine et sublime qui lui serrait l'être jusqu'au néant.

Et le néant, elle connaissait.

Elle devrait bien l'aimer pourtant, c'était inscrit. Alors, dans un infini lentamente, elle joua les cordes de cette jeune fille sublime. Un accord pour lui défaire sa robe. Un autre pour la libérer de ses dentelles. Un silence pour la contempler. Égrener quelques notes rapprochées, et le rythme délicieux de son corps qui se tend sous ses lèvres.

Savourer intimement sa jouissance première et dernière, dans une adoration appliquée. Elle la but entièrement sans lui laisser la moindre trace. Et pour finir, sa chevelure dispersant, elle la libéra d'un ruban bleu que l'on détache.

De son âme libérée, elle sentit le frôlement, sur sa joue rouge d'amour, elle la vit, reconnaissante et rayonnante, la quitter émue et troublée.

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jeudi 13 mars 2014

Superpositions

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L'après midi était chaude pour le printemps. Le soleil était clair et le ciel brillait fort. Les lilas rendaient les branches lourdes et odorantes. Encore un peu perturbé par le tournant qu'avait pris la fête. Il s'était pas réellement endormi, et ne s'était pas vraiment réveillé tandis qu'il marchait dans les sous bois des alentours.

Il tournait sa chevalière, pensivement, autour de son majeur, comme il le faisait toujours lorsqu'il était un peu ailleurs, un peu absent.

L'herbe était jeune et se pliait avec souplesse sous ses pieds. Il ne devait pas faire grand bruit car il entendit distinctement des bruissements dans les fourrés. Intrigué par la possible rencontre avec un petit animal sauvage ou quelques grosses perdrix, il s'accroupit et jeta un œil dans les buissons d'épineux.

" Aie.. outch... " Fut le bruit surprenant que faisait cet animal là.

Immobile Daniel continua à observer le jeune homme empêtré dans les branches qui n'arrivait apparemment pas à se libérer de quelques ronces et autres pièges hostiles de la nature. Voyant que celui ci était de plus en plus en mauvaise posture, il fit le tour de la haie, et se pencha doucement à son secours.

Interdit, son visiteur mystère de la veille le regardait avec stupeur.

Daniel retira avec une infinie délicatesse, épines et autres échardes, il lui tendit enfin la main pour l'aider à sortir de son fourré.

Il ne lui posa aucune question.

Ils marchèrent côte à côte sans un mot. Pas réellement loin l'un de l'autre. Pas encore suffisamment proche. Daniel avait tellement envie de lui qu'il manquait parfois quelques respirations dans cette lente balade matinale.

Dans une clairière paisible, ils s'installèrent dans l'herbe haute, au pied d'un arbre indifférent, que la lumière diffuse diluait en aquarelle improbable.

Il sentit qu'il lui prenait la main. Comme on tâtonne dans le noir. Sa main était fraîche et douce. Il sentait le foin et un peu la sueur. Ses cheveux étaient en bataille. Et il restait un peu de poussière à ses vêtements. Bien sur des vêtements sans brocard ni velours.

Qu'importe qu'il soit vagabond ou garçon de ferme, fuyard ou fugueur. Il l'aimait déjà.

Ils évitèrent de croiser leur regard encore un long moment. Que ce combat entre envie et volonté était éprouvant.

Était ce une éternité ? Ou un simple instantané ?

Ils se tournèrent enfin l'un vers l'autre. Encore plus proches qu'ils ne l'avaient imaginé. Leur souffle se mélangeait. Dans leur yeux, la surprise et la chaleur. Et l'essence de leur désirs à fleur de doigts.

Leurs lèvres se trouvèrent comme si il n'existait d'air nul part ailleurs. Ils se glissèrent l'un contre l'autre, et le reste du monde cessa d'avoir une importance, une texture, un avis, une vie propre.

Ils étaient l'univers.

Assise en silence, invisible et pensive, la jeune femme les regarda longtemps s'aimer. Elle goûta leur jouissance, et chacun de leurs soupirs. Elle pleura un peu. Mais personne ne devait le savoir.

Elle attacha un ruban bleu à ses cheveux et salua la silhouette massive du chêne qui accueillait leur étreinte sublime.

Une colombe s'envolait quelque part, dans un froissement d'ailes.

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